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L'avis de décès de la gauche française

Publié par Jean de Dieu MOSSINGUE sur 3 Juin 2016, 19:39pm

Catégories : #Politique

Divisée, fracturée, lâchée par ses électeurs, elle est en train de sortir du jeu de la prochaine présidentielle. Avec pour seule perspective pour ses candidats de tous poils de n’être bientôt plus que les témoins de traditions oubliées.

La gauche s'est marginalisée du paysage politique français BORIS HORVAT / A.F.P.

La gauche s'est marginalisée du paysage politique français BORIS HORVAT / A.F.P.

A force de la voir se déchirer, on en finit par oublier l’essentiel: la gauche, toutes tendances confondues, est aujourd’hui une force qui, sur le plan électoral, est en voie de marginalisation. Elle peut bien s’agiter dans tous les sens et faire du spectacle de ses polémiques, l’ordinaire de l’actualité politique. Elle peut inventer des «ça va mieux» à tire-larigot, mettre en scène des Nuits debout à jets continus ou faire défiler dans la rue tous les soi-disant «insoumis» de la création. Elle peut grimper des Monts Beuvray chaque dimanche et tenir tous les congrès qu’elle voudra, à Aubervilliers ou ailleurs. Elle peut lancer autant d’appels de détresse qu’elle voudra, façon «Ohé» ou «Oh là». Le résultat est le même. Tellement évident qu’il finit par ne plus être commenté. La gauche se meurt. La gauche est morte?

On ne pourra pourtant pas dire que c’est arrivé par surprise. Depuis 2012, tous les scrutins, de quelque nature qu’ils soient, ont montré que, sur la scène nationale, socialistes, communistes, écolos et radicaux de toutes tendances perdaient, avec belle régularité, ce qui faisait autrefois leur force. Mais ce qui était hier une pente est devenu un gouffre. La présidentielle de 2017 s’annonce comme la dernière étape de ce chemin de croix.

On exagère? Eh bien lisez plutôt la quatrième vague de la grande enquête Ipsos-Cevipof qu’a publié cette semaine Le Monde. Réalisé à partir d’un échantillon de près de 20.000 personnes, ça n’est pas un de ces sondages bricolés sur un coin de table qui disent moins la tendance que la volatilité de l’air du temps. On est là dans le lourd. Qu’on la lise en bloc ou en détail, cette enquête est un avis de décès.

Quelle que soit l’offre, à droite notamment, le total gauche, au 1er tour de la présidentielle, est aujourd’hui de 32%, répartis entre François Hollande (14%), Jean Luc Mélenchon (12%), Cécile Duflot (3%), Nathalie Artaud (1,5%) et Philippe Poutou (1,5%). Pour comprendre, il faut comparer. Sous la Cinquième République, huit scrutins de ce type ont déjà eu lieu. Entre 1974 et 2007, la gauche a toujours franchi la barre des 40% avec des pointes avoisinant les 45%. Pour retrouver un niveau aussi bas, il faut remonter à 1965 et surtout 1969. Ce qui ne constitue pas la meilleure des références…

Sans doute en 2012, François Hollande l’a-t-il finalement emporté alors que le socle de son camp, au 1er tour, était à peine supérieur à 35%. Mais le nouveau recul qui lui est promis prolonge une tendance dont il est vain de croire qu’elle pourrait s’inverser autrement qu’à la marge avec un autre champion socialiste. Il signale un affaissement continu qui, du coup, fait passer la gauche, dans son ensemble, en dessous d’un seuil minimal de crédibilité. Dans l’élection présidentielle, elle n’est plus qu’un acteur secondaire. Or, dans ce type de scrutin, n’être au mieux qu’un poids (très) moyen, c’est être ipso facto une force marginale, bientôt résiduelle.

Mais il y a pis encore. Face au bloc de la droite et de l’extrême droite dont l’un varie entre 21% (Nicolas Sarkozy) et 35% (Alain Juppé) tandis que l’autre est stable à 28% (Marine Le Pen), la gauche est un agrégat de faiblesses conjuguées. François Hollande est promis à la plus mauvaise performance qu’ait jamais réalisée un candidat socialiste sous la Cinquième République depuis le naufrage de Gaston Defferre en 1969. Lors du scrutin de sa réélection, en 1988, François Mitterrand avait réalisé un score de 1er tour plus de deux fois supérieur (34%). Autre époque…

Il est parfois arrivé à la gauche de n’être guère en forme mais c’est bien la première fois qu’aucune force en son sein ne domine la partie. En 1965, avec 31,7% au 1er tour, François Mitterrand était son candidat unique. Ce qui lui a permis d’affronter le général de Gaulle lors du tour décisif. En 1969, le communiste Jacques Duclos, avec 21,3% faisait quatre fois mieux que Gaston Defferre. Même en 2002, Lionel Jospin, avec 16,2%, devançait de dix points le mieux placé de ses divers concurrents à gauche - Arlette Laguiller, en l’occurrence (5,7%). Or, pour 2017, François Hollande et Jean-Luc Mélenchon sont au coude à coude. Ce qui change fondamentalement la donne. A-t-on jamais vu l’addition – au demeurant improbable – de deux médiocrités produire une élan digne de ce nom?

La gauche se meurt parce qu’elle est d’une insigne faiblesse. Elle meurt parce qu’elle est divisée. Elle meurt parce qu’elle est fracturée en plein coeur. Elle meurt enfin parce qu’elle est tristement suicidaire. Ceux qui prétendent que son paysage est désormais clarifié et qu’entre sa fraction réformiste et sa fraction radicale, les lignes de partage ont retrouvé leur netteté d’autrefois sont en fait des blagueurs. Ils oublient qu’en politique, le juge de paix, c’est d’abord l’élection et que dans le système de la Cinquième, tout passe par la présidentielle.

Dans ce scrutin, la gauche se met aujourd’hui dans la situation de n’être qu’un comparse tout juste bon à commenter un combat dont l’essentiel est en train de lui échapper et, du coup, une histoire qui s’écrira sans elle. Ses candidats demain ne seront guère plus que les buttes témoins de traditions oubliées. Son drame, si tout continue à ce rythme, est de ne plus servir à rien.

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