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«Fabriqué aux USA» : 3 signaux clés de l’implication de Washington dans le «coup d’Etat» au Brésil + Dilma Rousseff : «Ma destitution est un coup d’Etat» (EXCLUSIF)

Publié par Jean de Dieu MOSSINGUE sur 18 Mai 2016, 22:56pm

Catégories : #Politique internationale, #Brésil, #Etats-Unis

«Fabriqué aux USA» : 3 signaux clés de l’implication de Washington dans le «coup d’État» au Brésil

© Adriano MachadoSource: Reuters Dilma Rousseff

© Adriano MachadoSource: Reuters Dilma Rousseff

Alors que la présidente brésilienne Dilma Rousseff a été suspendue de ses fonctions avant son procès pour avoir enfreint les règles budgétaires, des éléments qui laissent penser qu’il s’agirait d’un complot impliquant Washington sont apparus.

La semaine dernière, après le vote du sénat brésilien qui a entraîné la suspension de la première femme présidente du pays, Dilma Rousseff a elle-même fait remarquer qu’elle «n'aurait jamais imaginé devoir lutter une nouvelle fois contre un coup d’État».

L’histoire moderne de l’Amérique latine connaît des exemples bien documentés des opérations américaines visant à renverser les régimes en place. Certains affirmeront que la situation que connaît le Brésil découle du mouvement populaire de protestation lié à un scandale de corruption impliquant les plus hautes sphères de l’État brésilien et à l’effondrement d’économie. Mais l’analyse du profil des personnages centraux des événements actuels fait apparaître des indices qui laissent penser que Washington pourrait être impliqué.

Un informateur américain à la présidence ad interim du Brésil

De sombres détails concernant Michel Temer, l’ancien vice-président et ancien allié de Dilma Roussef, devenu président du Brésil ad interim ont fait surface sur WikiLeaks. Le site lanceur d’alerte affirme avoir publié des preuves selon lesquelles Michel Temer aurait travaillé comme informateur pour Washington.

Deux câbles diplomatiques datés du 11 janvier et du 21 juin 2006 obtenus par WikiLeaks révèlent que Michel Temer, alors membre du Parti Mouvement démocratique brésilien, avait informé des diplomates américains sur le processus politique en cours au Brésil et des aspirations de son parti à prendre le pouvoir lors des élections de 2006, que Luiz Inacio Lula da Silva, dit Lula a remportées sous l’étiquette du Parti des travailleurs.

Ce qui est assez intéressant, c’est que le consul général américain à Sao Paolo McMullen, a marqué l’un de ces deux câbles de la mention «sensible mais pas confidentiel», qualifiant le parti de Michel Temer de groupe opportuniste ne disposant d’aucune «idéologie ni cadre politique».

En plus de son manque de popularité, la cote de popularité de Michel Temer avoisine les 2%, le président brésilien ad intérim a fait l’objet d’enquête pour avoir violé les règles en matière de dépenses électorales et risque une peine d’inéligibilité de huit ans, selon le journaliste et avocat américain basé au Brésil, Glenn Greenwald.

Si Michel Temer peut sembler être un candidat improbable au poste de président, Glenn Greenwald suppose que sa nomination pourrait servir les intérêts de tierces parties et non pas de la nation brésilienne.

«Il entend nommer des responsables de Goldman Sachs et du FMI pour diriger l’économie et aussi nommer une équipe néolibérale absolument pas représentative», a écrit Glenn Greenwald dans The Intercept.

Les liens suspicieusement étroits avec les États-Unis du chef de la fronde des sénateurs contre Dilma Rousseff

Le sénateur Aloysio Nunes du Mouvement démocratique brésilien qui a dirigé la procédure de destitution de Dilma Rousseff au sénat s’est rendu à Washington pour une visite de trois jours le lendemain pour rencontrer des responsables américains, notamment des membres du sénat américain et un ancien ambassadeur des États-Unis au Brésil, Thomas Shannon, rapporte The Intercept.

Le co-directeur du Centre de recherches économiques et politiques, Mark Weisbrot, a confié à RT que Thomas Shannon avait «été impliqué dans d’autres coups d’Etat dans la région», notamment au Honduras en 2009 et au Paraguay en 2012.

Aloysio Nunes s’est prononcé à plusieurs reprises pour un rapprochement des relations avec les États-Unis dans une tentative de remédier au scandale d’espionnage qui a éclaboussé le Brésil et les États-Unis.

Une ambassadrice américaine rompue aux coups d’État

Liliana Ayalde, actuel ambassadeur des Etats-Unis au Brésil, comme son prédécesseur, peut faire valoir une certaine expérience dans le renversement de gouvernements étrangers.

Avant d’être envoyée au Brésil, Liliana Ayalde a été ambassadrice au Paraguay avant le coup d’État de 2012 qui a entraîné la chute du président Fernando Armindo Lugo Mendez au travers d’une procédure de destitution similaire à celle que traverse Dilma Rousseff.

Current US Ambassador to #Brazil Served in #Paraguay Prior to 2012 Coup https://t.co/BEd7i8L7d4#WikiLeaks

«Cet ambassadeur a agi avec une grande force lors du coup d’État qui s’est produit au Paraguay et c’est ce qu’elle fait au Brésil, répétant le même discours en affirmant que les institutions brésiliennes viendront à bout de cette situation», a confié à teleSUR Carlos Eduardo Martins, professeur de sociologie de l’université de Sao Paulo.

En attendant, le président vénézuélien Nicolas Maduro affirme qu’il n’est pas difficile de deviner qui est derrière la destitution au Brésil. «Je n’ai pas de doute que ce coup d’État porte l’étiquette «fabriqué aux États-Unis», a-t-il déclaré. Il a qualifié les événements que connaît le Brésil de «menace grave pour la stabilité future et la paix sur tout le continent», s’inquiétant du fait que la prochaine victime puisse être le Venezuela.

Les relations entre les États-Unis et l’administration de Dilma Rousseff ont été marquées par le scandale qui a éclaté à la suite des révélations d’Edward Snowden en 2013. D’après les informations diffusées par l’ancien consultant de la NSA, le renseignement américain espionnait Dilma Rousseff et interceptait ses communications. Les relations entre Washington et Brasilia se sont alors nettement refroidies, la présidente annulant une visite prévue de longue date aux États-Unis, juste après que ces informations soient devenues publiques.

https://francais.rt.com/international/20810-fabrique-usa--3-signaux

Dilma Rousseff : «Ma destitution est un coup d’Etat» (EXCLUSIF)

© Ueslei MarcelinoSource: Reuters

© Ueslei MarcelinoSource: Reuters

Brasilia, le 19 mai – Dilma Rousseff, évincée du pouvoir par le Parlement brésilien il y a une semaine, a déclaré lors d’une interview exclusive à RT que sa destitution était un coup d’État puisqu’elle n’a pas enfreint la Constitution de son pays.

RT : Vous êtes désormais au palais Alvorada, et d’une certaine façon bannie dans votre propre pays. Comment vous sentez-vous moralement ?

Dilma Rousseff (D.R.) : Je suis assez positive. Je continue de me battre non pas juste pour conserver mon poste de présidente, mais surtout pour la démocratie dans mon pays. Honnêtement, je n’ai pas l’intention de rester cloîtrée dans ma résidence officielle – le palais Alvorada. Je veux me rendre dans beaucoup de villes au Brésil, discuter avec le peuple, rencontrer beaucoup de gens. Cela va me permettre de dire aux Brésiliens, et peut-être même au monde entier, ce qu’il se passe réellement dans ce pays, et que nous allons nous battre contre ce que nous considérons être une tentative de coup d’État.

 

Source: Reuters

Source: Reuters

RT : Cela n’est-il pas, dans le fond, un coup d’Etat fantôme, «froid», puisque sans armes ? Selon vous, dans quelle mesure cet acte vous cible personnellement, et dans quelle mesure cible-t-il non seulement le pays, mais aussi ses alliés, notamment les BRICS ?

Il s’agit là d’un coup d’Etat puisque la Constitution n’a pas été enfreinte

D.R.: D’après moi, c’est le processus de destitution, de ma mise à l’écart. La destitution est prévue par la constitution de notre pays uniquement si le Président enfreint la Constitution et ne respecte pas les droits de l’Homme. D’après moi et mes soutiens, il s’agit là d’un coup d’Etat puisque la Constitution n’a pas été enfreinte. Ils me poursuivent en justice pour mes actions, pour des «crédits» supplémentaires accordés au budget, mais tous les présidents avant moi l’ont fait. Ça n’a jamais été un crime et ça n’en devient pas un maintenant. Il n’y a rien qui permette de dire que c’est un crime. Pour parler de crime, il faut que ce terme soit défini par la loi. C’est pourquoi mes soutiens et moi-même considérons que cette destitution est un coup d’Etat dans la mesure où la Constitution précise très clairement les conditions pour destituer le Président : un abus de pouvoir, une violation à la constitution ou aux droits de l’Homme. Les actions prises en compte dans ce procès n’ont strictement rien à voir avec de tels crimes. En outre, le Brésil est une république présidentielle. […] C’est pourquoi le Président ne peut être destitué pour des motivations politiques, en raison du fait que l’on ne fait pas confiance au Président de la République […].

Source: Reuters L'équipe du film brésilien «Aquarius» en compétition à Cannes condamne la destitution de la présidente brésilienne Dilma Roussef

Source: Reuters L'équipe du film brésilien «Aquarius» en compétition à Cannes condamne la destitution de la présidente brésilienne Dilma Roussef

"Le gouvernement par intérim actuel ne partage ni notre vision des BRICS ni l’importance que nous accordons à l’Amérique latine"

Une initiative a été lancée pour changer de programme politique – qui comprend notamment la sphère sociale et le développement économique – afin de faire face à la crise que le Brésil a connu ces dernières années et adopter un nouveau programme, à l’évidence néo-libéral. Ce programme prévoit, entre autres, la réduction de nos programmes sociaux à leur minimum, selon la doctrine d’«intervention minimale de l’Etat». Une doctrine qui va à l’encontre de toutes les lois brésiliennes sur les services publics, notamment la santé, le droit au logement, l’accès gratuit à une éducation de qualité, le salaire minimum, tout ce qui est garanti aux plus démunis au Brésil. Ils veulent en finir avec ces droits et en même temps ils mènent une politique antinationale – notamment en ce qui concerne les ressources en pétrole du pays. D’importantes réserves de pétrole ont été découvertes au Brésil à 7 000 mètres de profondeur sous des couches antésalifères. Les ministres disaient que l’accès à ces réserves était impossible. Mais aujourd’hui on extrait des millions de barils de pétrole par jour de réserves se trouvant sous des couches antésalifères. Ils ont évidemment dit ça dans le but de changer la législation pour garantir l’accès à ces puits de pétrole à diverses compagnies pétrolières internationales. De plus, en ce qui concerne la politique étrangère, nous – l’ancien président Lula da Silva et moi-même – avons œuvré pour le renforcement des relations avec les autres pays d’Amérique latine, d’Afrique, les BRICS, mais également avec d’autres pays en développement – en plus bien sûr des relations avec les Etats-Unis et l’Europe. Je pense que le groupe des BRICS est l’une des alliances multilatérales les plus importantes du monde de ces 10 dernières années. Mais le gouvernement par intérim actuel ne partage ni notre vision des BRICS ni l’importance que nous accordons à l’Amérique latine. Ils parlent même de fermer nos ambassades dans les pays d’Afrique.

RT : Le nouveau gouvernement du président par intérim, que seuls 2% des Brésiliens soutiennent et qui pourrait être destitué lui-même au vu de certaines informations, est constitué exclusivement d’hommes de race blanche, dans un pays multiculturel, avec des ministres qui font l’objet d’enquêtes pour corruption… Jusqu’à quel point ce gouvernement est-il légal ?

Je ne l’ai pas nommé vice-président ou chef provisoire du gouvernement pour qu’il forme un nouveau gouvernement composé uniquement d’hommes blancs, sans aucune femme ni de personne d’origine africaine

D.R. : Il n’y a aucune légitimité tout d’abord à cause du péché originel qui est le processus de chantage. Le représentant de la Chambre des députés [Eduardo Kuhnia, désormais destitué de ses fonctions], qui a initié ce processus, est accusé de posséder des comptes à l’étranger, de corruption, de blanchiment d’argent. Evidemment, ce processus répand la peste sur la démocratie brésilienne et détruit tout le dispositif gouvernemental que nous avions. Je ne l’ai pas nommé vice-président ou chef provisoire du gouvernement pour qu’il forme un nouveau gouvernement composé uniquement d’hommes blancs, sans aucune femme ni de personne d’origine africaine. […] Une autre caractéristique de ce gouvernement est qu’il adopte une mesure mais la changer le lendemain : étant donné que ce n’est pas un gouvernement qui a été élu par le peuple, il n’a pas de programme législatif. Il n’a pas présenté son programme lors des élections, n’a pas participé aux débats. Ce programme n’a pas été approuvé par la population. C’est pourquoi le gouvernement raconte n’importe quoi.

Source: Reuters

Source: Reuters

Il dit par exemple qu’il faut détruire toute une partie du système unique de santé publique brésilien. Ce système garantit, selon la constitution de 1988, la gratuité et l’universalité des soins à la population. Le gouvernement provisoire veut réduire l’importance de ce système, en transmettant une partie des services apportés à la population au secteur privé. Le gouvernement crée de tels conflits pour observer la réaction de la société et 24h plus tard change de position. Mais il pourra difficilement cacher que leur tendance, et en général leur but, consiste à adopter un programme aussi néo-libéral que possible face à la situation actuelle au Brésil.

Je suis convaincue qu’une énorme partie de la population brésilienne me soutient

RT : Y a-t-il une chance que vous retrouviez votre poste de présidente du Brésil ?

D.R. : Je vais vous dire la chose suivante : je vais me battre chaque jour, chaque minute, chaque moment de ma vie pour que cela arrive. Et je suis convaincue qu’une énorme partie de la population brésilienne me soutient.

LIRE AUSSI : «La destitution de Roussef fait partie de l’expérimentation latino-américaine de l’élite mondiale»

Les opinions, assertions et points de vue exprimés dans cette section sont le fait de leur auteur et ne peuvent en aucun cas être imputés à RT.

https://francais.rt.com/opinions/20918-dilma-rousseff-destitution

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