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Amérique Latine: le coup de force est le seul moyen pour la droite de prendre le pouvoir

Publié par Jean de Dieu MOSSINGUE sur 15 Mai 2016, 16:40pm

Catégories : #Politique internationale, #Brésil

Amérique Latine: le coup de force est le seul moyen pour la droite de prendre le pouvoir

Par 367 voix pour, 137 contre et 2 abstentions, les députés brésiliens ont voté le processus ouvrant à la destitution de la Présidente Dilma Rousseff. Même si l’impeachement est prévu par la Constitution, beaucoup y voient cependant un coup d’État institutionnel.

Dans les années 1960-1970, la droite latino-américaine prenait le pouvoir par les armes. Ce fut le cas le 11 septembre 1973 au Chili ou encore le 24 mars 1976 en Argentine. S’en suivirent d’effroyables années de dictature militaire.

Sous l’œil bienveillant de Washington qui finançait et organisait de près les opérations, les nouveaux régimes fascistes en profitèrent pour mettre en place des politiques économiques ultra-libérales tout droit sorties des manuels du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale.

Le Brésil n’a pas été épargné par cette vague autoritaire qui a déferlé sur le continent. En 1964, les militaires renversaient le président Joao Goulart. Ce dernier était très apprécié par les plus pauvres grâce aux programmes sociaux qu’il avait mis en place. Il avait notamment instauré le droit de vote pour les analphabètes. Mais ces positions radicales en faveur des plus pauvres, sa défiance envers l’oligarchie nationale et son hostilité envers les Etats-Unis eurent raison de sa présidence.

Cinquante-deux-ans plus tard, un autre coup d’Etat d’un nouveau genre vient de frapper la démocratie brésilienne. Les militaires ne sont plus en première ligne, ils restent dans leurs casernes. Les nouveaux putschistes ne portent pas d’uniforme, ils n’ont pas d’armes et ne pratiquent pas la violence physique.

Non, ils sont plus présentables dans leurs costumes, plus en phase avec l’époque. Pour autant, ils sont tout aussi déterminés dans leur quête du pouvoir.

Ces nouveaux putschistes ne sont ni plus ni moins que les parlementaires, pour beaucoup corrompus, les grands patrons et les médias plus que jamais défenseurs des riches et des puissants.

Même si les moyens d’accéder au pouvoir sont aujourd’hui différents, les projets politiques n’ont, eux, pas tellement changé. Il suffit de voir les mesures mises en place depuis quatre mois par le Président argentin Mauricio Macri pour s’en rendre compte (1).

Au-delà de la gravité de ce qui vient de se passer au Brésil, ce coup de force de la droite contre les institutions démocratiques du pays nous fournit des enseignements capitaux pour comprendre ce qui se joue actuellement dans la région.

La première leçon à tirer est que la droite sud-américaine ne peut aujourd’hui accéder au pouvoir qu’à condition d’enfreindre, et parfois violemment, les règles du jeu démocratique.

Le cas du Brésil en est le parfait exemple. Mais ce n’est pas le seul. En effet, il y a quatre ans, un autre Président, Fernando Lugo, alors à la tête du Paraguay était écarté du pouvoir après un jugement parlementaire expéditif sans que sa responsabilité dans la raison de son inculpation ne soit prouvée (2). L’ancien évêque, proche des pauvres et du «diable» Chavez a aujourd’hui été remplacé par l’un des hommes d’affaire les plus riches du pays, Horacio Cartes.

En 2009, c’était Manuel Zelaya, alors président du Honduras qui était renversé par un coup d’Etat militaire cette fois, avec encore une fois la bénédiction des Etats-Unis et de son nouveau président, Barack Obama (3).

Mais la droite n’a pas toujours réussi fort heureusement à prendre le pouvoir. Elle a échoué en 2008 en Bolivie, en 2010 en Équateur et elle bute toujours aujourd’hui sur la résistance chaviste au Venezuela, même si elle a remporté en décembre dernier les élections législatives après avoir mené une terrible guerre économique contre le gouvernement bolivarien.

Cette radicalisation dans la contestation des pouvoirs de gauche s’explique par le fait que ces derniers, même s’ils commettent des erreurs parfois graves, continuent à bénéficier d’un soutien populaire qui leur permet d’affronter les coups de semonce de la droite, sauf au Brésil où le virage austéritaire pris par Dilma Rousseff l’a complètement coupé de ses bases populaires.

L’autre explication vient du fait que la droite ne peut pas, si elle souhaite arriver au pouvoir, présenter ses véritables intentions devant les électeurs. En effet, son programme néolibéral d’austérité budgétaire et de privatisations des services publics n’est pas avalisé par la majorité de la population qui a souffert le martyre du fait des politiques menées dans les années 1980.

Et puis cette contre-offensive conservatrice dans la région ne serait pas possible sans

le travail de deux institutions qui ont joué un rôle immense dans le processus de destitution de Dilma Rousseff: la justice et les médias.

Encensé par la majorité des médias nationaux et internationaux (4), le juge Sergio Moro a fait preuve d’un véritable acharnement à géométrie variable. Sa partialité dans le traitement du scandale Petrobras a été flagrante. Pendant qu’il harcelait et s’acharnait sur la figure de l’ancien Président Lula en l’amenant de force à répondre à des interrogatoires, il a été d’un silence assourdissant concernant Aécio Neves, l’ex-candidat de droite à l’élection présidentielle de 2014, cité cinq fois dans cette affaire de corruption inédite.

De leur côté, les médias ont joué à merveille leur rôle de militants politiques. N’est-ce pas Judith Brito, directrice du quotidien conservateur Folha de São Paulo qui avait déclaré: «Puisque l’opposition a été profondément fragilisée, ce sont les médias qui, de fait, doivent jouer ce rôle» (O Globo, 18 mars 2010). Les députés brésiliens qui ont voté en faveur de l’impeachment peuvent remercier profondément le système médiatique pour son aide précieuse.

Le Président équatorien Rafael Correa, attentif aux événements qui secouent le Brésil, a affirmé: «Il n’y a plus besoin de dictature militaire. Des juges soumis et une presse corrompue suffisent».

Et, bien évidemment, qui dit déstabilisations en Amérique Latine dit automatiquement implication directe ou indirecte et plus ou moins active des États-Unis. Il s’avère que l’administration états-unienne et ses multinationales n’ont pas tellement apprécié le refus du gouvernement brésilien d’ouvrir le capital de l’entreprise nationale Petrobras aux investisseurs états-uniens et de préférer une alliance stratégique avec la Chine après que d’immenses zones pétrolifères aient été découvertes dans le pays (5). Comme le remarque l’analyste brésilien Beto Almeida: «les conseils états-uniens dans le jugement politique contre Dilma montrent qu’il y a une opération internationale contre le Brésil, contre son travail pour l’intégration latino-américaine et sa participation dans les BRICS» (Telesur, 18 avril 2016).

Hasard ou coïncidence troublante, quelques heures après le vote au parlement, des députés de droite se sont rendus aux États-Unis pour s’entretenir avec des proches d’Hillary Clinton (6).

De nombreux facteurs sont à l’origine des difficultés des gouvernements de gauche en Amérique Latine: la crise économique du à la baisse des prix des matières premières et notamment du pétrole, la persistance de la corruption ou encore la difficulté de créer un appareil de production capable de subvenir aux besoins de la population…

Mais cela dit, même face à une conjoncture mondiale extrêmement défavorable qui affecte sérieusement les économies sud-américaines, les gouvernements de gauche de la région continuent à bénéficier d’un appui populaire comme au Venezuela où les bases chavistes restent puissantes et bien ancrées dans la société.

Face à cette contre-offensive particulièrement violente de la droite latino-américaine, la solidarité des peuples est aujourd’hui de mise afin de protéger la stabilité politique, la démocratie, la paix et les innombrables conquêtes sociales obtenues ces quinze dernières années.

*Journaliste. Correspondant en Argentine pour Investig’Action.

Notes:

(1) Lire «En Argentine, la stratégie du shock», Investig’Action, Mai 2016.

(2) Le Paraguay dévoré par le soja, Maurice Lemoine, Le Monde diplomatique, Janvier 2014

(3) Honduras: première réelle victoire de Barack Obama! Pierre Piccinin, Le Monde.fr, Janvier 2010

(4) Lire «Le Brésil vu par le Monde», Investig’Action, Avril 2016.

(5) A Coup is in the air: The Plott to Unsettle Rousseff, Lula and Brasil, Shobhan Saxena, The Wire, Mars 2016

(6) La oposición brasileña se reúne en Washington luego de votar para destituir a Dilma Rousseff, Telesur, 18 avril 2016

Source: Investig’Action

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