L’armée française est au rupteur + Le «retour à l’Afrique» de l’armée française - MIRASTNEWS
Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

MIRASTNEWS

MIRASTNEWS

Informations capitales, stratégiques et véridiques


L’armée française est au rupteur + Le «retour à l’Afrique» de l’armée française

Publié par Jean de Dieu MOSSINGUE sur 30 Janvier 2016, 02:23am

L’armée française est au rupteur

 Source: Reuters L'armée française bat de l'aile...

Source: Reuters L'armée française bat de l'aile...

Le général Pierre de Villiers, chef d’état-major, s’exprimait devant l’Association des journalistes de défense. Il a fait part de son inquiétude. En l’état actuel, l’armée hexagonale est incapable de s’engager sur un autre terrain d’opération.

«Nous sommes au taquet de nos contrats opérationnels.» Les militaires sont connus pour ne pas s'embarrasser de poésie pour faire passer leur message. Pierre de Villiers s’est montré catégorique : toute nouvelle opération nécessiterait de réduire la voilure ailleurs ou d’augmenter le budget de la Défense.

Pierre De Villiers: l'armée française est "au taquet" https://t.co/K917skDEZW #armée

Engagée dans de nombreux pays

Imaginons une seconde que, demain, la France soit amenée à mobiliser son armée sur un théâtre de guerre. Selon Pierre de Villiers, elle devrait alors «se désengager quelque part soit augmenter le budget pour avoir plus de moyens». Et pour le chef d’Etat major, cela «nécessite du temps».

Aujourd’hui, les soldats tricolores sont présents sur plusieurs théâtres de conflit au titre des «opérations extérieures» ou Opex. Opérations que le ministère de la Défense définit ainsi : «Il s’agit d’interventions des forces militaires françaises en dehors du territoire national. Elles se déroulent en collaboration avec les organisations internationales (l’ONU et l’OTAN) et les armées locales.»

Depuis le 11 janvier 2013, l’armée française est au Mali afin d’aider les militaires locaux à combattre les groupes jihadistes. Une force de 4 000 soldats est dédiée à la situation en Afghanistan. 1 500 militaires participent à la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL). Cette dernière s'occupe de l’application de la résolution 1701 du conseil de sécurité des Nations Unies sur l’arrêt du conflit israélo-libanais de 2006.

Mais ce n’est pas tout. Certains théâtres d’opération plus anciens occupent encore l’armée française. Ainsi, elle est déployée au Tchad depuis 1986 dans le cadre du dispositif Epervier. L’opération Licorne, elle, réunit encore 1700 soldats en Côte d’Ivoire. Sans parler des 765 hommes toujours sur le terrain au Kosovo qui agissent sous l’égide de l’OTAN.

Même l’Union européenne mène des opérations militaires incluant la France. Elles se déroulent au large des côtes somaliennes et ont pour but de lutter contre la piraterie et les vols.

Ces Opex n’incluent pas la participation de l’aviation de combat aux frappes en Irak et en Syrie dans le cadre de la coalition internationale contre Daesh.

Auteur: FORCESFRANCAISES

Ni les 10 000 soldats de l’armée de terre déployés sur le sol national pour l’opération Sentinelle, active depuis les attentats de janvier 2015 et renforcée après ceux de novembre.

«On attend 11.000 soldats supplémentaires (NDLR : en cours de recrutement). En attendant on serre les dents et on a un rythme qui est quand même extrêmement pesant» a concédé le chef d’état major.

Il a notamment fait référence à la crainte du gouvernement face à l’opinion publique. En cas de nouveaux attentats, difficile d’imaginer que le peuple ne demande pas de compte si les effectifs sont réduits trop vite. «On est autour de 10.000 on ne peut pas descendre beaucoup», a-t-il souligné.

Un sursaut budgétaire bien tardif

Cette multiplication des engagements militaires s’est opérée dans un environnement économique dégradé. Lorsque l’on analyse le budget de la Défense de l’année 1980 à celui de 2015, le chiffre peut rassurer. Il est passé de 12,2 milliards d'euros à 31,4 milliards. Mais comme tout bon économiste vous le dira, il est inutile de comparer de telles valeurs. Tout simplement parce qu’en 35 ans, l’inflation a provoqué l’érosion de la monnaie. En «euros constants», on note que le trésor de guerre a connu son pic en 1990. Il s’élevait alors à 39 milliards d’euros. Le ministère de la Défense a donc vu sa dotation baisser d’environ 20% en 25 ans.

 © Capture d'écran du site : www.lemonde.fr L'évolution du budget de la Défense.

© Capture d'écran du site : www.lemonde.fr L'évolution du budget de la Défense.

Forcé de réagir après les attentats qui ont ensanglanté 2015, François Hollande a annoncé le maintien des crédits destinés à la Défense. Il a même promis une rallonge de 3,8 milliards d’euros entre 2016 et 2019.

Une décision dont s’est félicité le général de Villiers : «Faire plus avec moins, on a déjà donné depuis de nombreuses années, c'est fini ! L'enjeu est le maintien d'un modèle complet d'armée pour couvrir tout le spectre des menaces.»

Pas de quoi rattraper le retard.

Bientôt de retour en Libye ?

Les déclarations de Pierre de Villiers prennent place alors même qu’un retour des forces françaises en Libye est évoquée depuis quelques semaines. Les Etats-Unis pourraient intervenir afin de «rétablir» la sécurité dans le pays à la demande des autorités locales. La France, en tant qu’allié préférentiel de Washington, serait susceptible de remettre le couvert; seulement quelques années après la décision de l’ex président Nicolas Sarkozy de bombarder les forces de l’ancien chef d’Etat Mouammar Kadhafi. Si du côté de la Maison Blanche, un certain flou artistique semble régner, le Premier ministre Manuel Valls a déjà évoqué la possibilité d’engager, à nouveau, l’armée française de l’autre côté de la Méditerranée.

Le 22 janvier, une réunion s’est d’ailleurs tenue entre Pierre de Villiers et son homologue américain, le général Joseph Dunford sur le sujet. Mais le cadre militaire français a évoqué la difficulté d’un tel projet : «Avant tout engagement militaire, il faut une stratégie avec un effet final recherché. Faire une guerre pour une guerre n'apporte pas la paix. Nous avons des exemples récents en Irak, en Libye.»

Il a également fait référence aux pourparlers en cours pour faire reconnaître le gouvernement libyen d’union nationale : «L'évolution stratégique est en cours et ce n'est pas très facile a priori.»

RT France

Le «retour à l’Afrique» de l’armée française

Les effectifs des forces françaises en Côte d’Ivoire passeront de 450 soldats à 650-700 en 2016, et le dispositif abidjanais sera renforcé en hélicoptères et avions de transport, a confirmé le ministre français de la Défense Jean-Yves le Drian lors de ses vœux à la presse le 20 janvier dernier.

Alain Montaufray

  Uploadé le 28, janvier 2016 | by LIDER News

Uploadé le 28, janvier 2016 | by LIDER News

La politique militaire de la France ne se comprend pas sans son versant «africain». De Gaulle, en fondant la 5° République, considérait que le rang de la France reposait sur deux piliers : sa place en Afrique, et l’arme atomique. Les institutions taillées en conséquence, et les politiques, ont perduré.

Après les indépendances, les présidents qui se sont succédé à l’Elysée ont conservé dans leurs prérogatives la gestion postcoloniale du « pré carré » africain, échappant au contrôle démocratique. L’armée française a joué un rôle essentiel dans cette continuité. En fait, elle n’a jamais quitté l’Afrique et elle y est intervenue 40 fois depuis 1961, assurant la protection des régimes qui défendaient les intérêts français et éliminant ceux qui voulaient s’en émanciper. Cette politique a connu une crise dans les années 90 : regain des mouvements démocratiques en Afrique, chute de l’apartheid, discrédit du soutien français au régime génocidaire au Rwanda, développement de nouvelles concurrences venant des pays émergents. Les discours officiels à Paris ont évolué : moins d’interventions unilatérales, plus d’«européanisation» ou d’«africanisation» dans la gestion des conflits. Une timide diminution des bases militaires françaises et des effectifs a commencé, crise économique oblige, accompagnée d’une redéfinition des missions dans le contexte de fin de la guerre froide. Le tour de Hollande arrivant, c’était dit, lui, président, allait «mettre fin à la Françafrique», «c’était à l’Afrique d’assurer elle-même sa sécurité». Promesses, comme tant d’autres, vite oubliées.

Deux interventions militaires plus tard, au Mali et au Centrafrique, endossant l’habit de «chef de guerre», Hollande réhabilitera l’interventionnisme français en Afrique. Face à la menace djihadiste au Mali, il y avait d’autres moyens (interposition de l’Onu, de l’Union Africaine, politique de coopération militaire et d’aide au développement) que d’utiliser la situation pour redéployer unilatéralement tout l’arsenal de l’armée française sur le continent. A cette occasion, l’état-major de l’armée française a su se rendre incontournable. Dans la foulée, une nouvelle stratégie a été redéfinie dans un nouveau «Livre blanc» de la Défense et une loi de programmation militaires votée fin 2013, réaffirmant l’Afrique comme «zone d’intérêt prioritaire de l’ouest de l’Afrique à l’océan Indien». Sous un nouvel habillage, le Livre blanc 2013 redonne justification, au nom de la défense des «intérêts économiques et stratégiques», à cette exception française : s’arroger le droit de quadriller militairement toute une partie d’un continent, et le droit de «s’engager en premier» sans attendre une action multilatérale.

Quadrillage

La France redéploie donc 10.000 soldats en permanence, retissant une toile qui recoupe la carte des anciennes colonies françaises sub-sahariennes. Au-delà des trois bases permanentes (Libreville, Dakar, Djibouti) et d’opérations ponctuelles (Tchad, Cote d’Ivoire), elle réinstalle durablement des troupes. Les réticences des dirigeants, Maliens et Nigériens notamment, opposés depuis les indépendances à une présence militaire étrangère permanente, ont été vaincues. Au Mali, mille hommes sont stabilisés, dont une base militaire permanente à Tessalit à la frontière algéro-malienne, et prive l’État malien de sa souveraineté sur le nord du pays. Au Niger, les forces spéciales sont déployées sur les deux mines d’uranium d’Areva, et une base de 300 militaires s’installe où sont déployés drones et avions de combat. Au Tchad, un millier d’hommes se réinstallent dans la vieille base de Faya-Largeau. Les forces spéciales du Cos (Commandement des Opérations Spéciales, force discrétionnaire commandée directement par l’Elysée et son chef d’état-major particulier) sont renforcées d’un millier d’hommes, présents dans une dizaine de pays. Les nouveaux accords de défense que la France tente d’imposer ne sont plus axés sur une « coopération » pour former les forces locales, mais sur l’insertion de détachements français dans les armées nationales, l’armée française se laissant le droit d’agir à sa guise avec sa «force de réaction rapide». Ce dispositif se met sur pieds avec une discrète collaboration avec l’armée américaine, et dénote un nouveau mode de domination ; Au lieu d’aider à consolider des États, on se sert des divisions claniques ou ethniques, ou des menaces djihadistes, pour pousser à des états «fédéraux» affaiblis et éclatés, qui abandonnent des prérogatives «nationales» ou «militaires» aux forces des grandes puissances. (1)

Ce regain d’interventionnisme militaire s’accompagne d’un discours sur la nécessité de partir en reconquête économique dans un continent où les intérêts français sont concurrencés par des pays émergents comme le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Afrique du Sud. Plutôt qu’une politique de coopération d’égal à égal avec les pays africains, l’Etat français s’efforce de maintenir sa domination en redéployant son armée, « avantage concurrentiel » qui permet des retours sur investissements.

Une armée qui échappe à l’austérité.

Les gouvernements de Hollande ont accepté dans la loi de programmation toutes les demandes des chefs militaires : «sanctuariser» leur budget même en période d’austérité (en mai 2014, les chefs d’état major des trois armées ont menacé de démissionner si le «pacte de responsabilité» leur appliquait des restrictions), protéger de poursuites judiciaires les militaires français engagés dans des interventions extérieures (et freiner les enquêtes sur l’action des militaires français lors du génocide au Rwanda). Cette politique a un coût : chaque année depuis dix ans, les «opérations extérieures» menées à l’étranger (Opex) s’élèvent à environ 1,2 milliards doublant ce qui leur est attribué dans le budget. La réduction des effectifs est désormais stoppée sous la présidence Hollande : après les attentats de janvier, puis de novembre 2015, le budget 2016 de la défense est rallongé de plus de 4 milliards pour la période 2016 /2019. La réduction des effectifs prévue entre 2016 et 2019 est non seulement annulée, mais 2300 militaires supplémentaires sont recrutés pour 2016. Justifiée par l’opération «Sentinelle» de protection intérieure, elle l’est surtout par la volonté de ne pas dégarnir les effectifs des opérations extérieures qui progressent (13.000 hommes, dont 10.000 en Afrique). Bien sûr, le ministre du budget prévient que ces coûts supplémentaires supposent des économies ailleurs (collectivités, sécu et santé etc.).

L’alternative à l’interventionnisme de grande puissance

Cette politique militaire de la France en Afrique est rarement débattue et mise en cause, même dans certains secteurs de la gauche non-gouvernementale. Pour refonder une autre politique, il faudra repartir des principes de coopération, de respect des souverainetés, de maintien de la paix. Et ramener un corps expéditionnaire français qui s’éternise sans autre but politique que la préservation d’une domination néocoloniale. Le cadre des relations avec l’Afrique devrait être envisagé dans des politiques européennes de coopérations sociales et écologiques, dégagées des politiques militaires de grandes puissances. D’autres priorités peuvent être définies en terme de «sécurité collective» des peuples, en se dotant des moyens pour une politique de prévention des conflits, en cultivant un savoir faire de «forces d’interpositions» et de négociations de solutions politiques, décidées par un cadre multinational et avec les Etats africains.

(1) Les analyses et données viennent ici essentiellement du dossier «Françafrique, la famille recomposée», éditions Syllepse 2014, réalisé sous la coordination de Raphaël Granvaud, par l’association Survie

http://lider-ci.org/9502-2/

Commenter cet article

Archives

Nous sommes sociaux !

Articles récents