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Un coup d’Etat minutieusement préparé au Burkina Faso, quelles conséquences pour l’Afrique ?

Publié par Jean de Dieu MOSSINGUE sur 17 Septembre 2015, 18:05pm

Un coup d’Etat minutieusement préparé au Burkina Faso, quelles conséquences pour l’Afrique ?

Le coup de force au Burkina Faso (pays d’Afrique de l’Ouest), exécuté par le Régiment assurant la sécurité présidentielle (1200 à 1300 hommes), l’ancienne garde prétorienne de l’ancien président Blaise Compaoré, renversé par une insurrection populaire les 30 et 31 Octobre 2014 et en exil en Côte d’Ivoire voisine, semble avoir été concocté de longue date. Au Congo-Brazzaville, les esprits s'échauffent déjà et se radicalisent davantage, surtout que les militaires du RSP ont annoncé avoir fait démissionner le président, le gouvernement et le Parlement de transition. Nous soutenions pourtant qu’en cas de crise, l'Armée réellement républicaine pourrait faire office d'arbitre en dernier ressort. Cela n’est pas faux, puisque la Conférence nationale de 1992 au Congo-Brazzaville avait eu lieu grâce aux bons offices, à l’arbitrage et à la neutralité de l’Armée populaire nationale (APN) qui avait su éviter un bain de sang, même si le président de la République de l’époque, Denis Sassou NGUESSO, avait fini par se rendre compte que les carottes étaient cuites.

Il faut néanmoins s’interroger sur la crédibilité des militaires dans l’action politique, en tout cas tout au moins dans ce genre de situation. Pourquoi agissent-ils ainsi ? Dans ce cas si même s’ils ne l’avouent pas, il s’agit de défendre certains intérêts privés dont eux-mêmes sont aussi dépositaires. Cela leur donne-t-il le droit de s’immiscer pour autant dans le jeu politique ? Qu’apprennent-ils alors dans leurs écoles militaires et pour quelles missions régaliennes sont-ils formés ? Serait-il toujours nécessaire en raison de la méfiance envers les hommes en treillis, de préparer méticuleusement une armée parallèle ou une guerre pour parvenir à pacifier un pays et à instaurer des institutions fortes dans une nation? Va-t-on devoir prendre désormais cette nouvelle donne dans l’action politique comme option ?

Les militaires ont pour mission principale de défendre la nation et avec les forces de sécurité de sécuriser le territoire national et d’assurer son intégrité. Les militaires de certaines nations africaines vont-ils le comprendre un jour ? En Afrique du sud jusqu’à présent la raison l’a emporté. Dans plusieurs pays africains, les régimes qui sont parvenus à imposer une paix relative sont arrivés avec leurs armées, c’est le cas du Congo-Brazzaville en 1997, du Rwanda de Paul Kagamé, de l’Ouganda de Yowéri MUSEVENI, de la République démocratique du Congo (RDC), même si pour certains d’entre eux, il a fallu encore se battre durement sur le terrain pour imposer un semblant de paix. Pourtant il se pose un problème crucial, celui du coût de la guerre, du coût humain et matériel, car ces pays importent tout leur armement et munition et ils coûtent cher sur les marchés internationaux. En optant pour cette voie, les militaires burkinabés sont-ils pour ou contre le bonheur du peuple? Quel exemple veulent-ils donner aux autres pays, celui d’une insurrection dévoyée et dénaturée ?

Il apparait que le camp des partisans pour les pouvoirs et les hommes forts à régimes autoritaires semble conforter dans leurs positions et vouloir reprendre la main contre les institutions fortes, le Burundi de Pierre Kurunziza quelles que soient les raisons avancées étant un bel exemple à suivre. Maintenant c’est le Burkina Faso, alors qu’il était cité en exemple pour la bravoure de son peuple et sa volonté à instaurer des institutions fortes avec des élections claires et transparentes. Tout cela tombe désormais dans l’eau à cause des caprices et de la cupidité de certains militaires qui utilisent la force militaire pour assouvir certaines ambitions politiques.

Au Burkina Faso, le lieutenant-colonel Mamadou Bamba, a annoncé à la télévision publique burkinabée qu'un « Conseil national de la démocratie » (comité militaire) décidé unilatéralement d’être créé et mis en place par les militaires, a mis « fin au régime déviant de la transition », en interrompant les fonctions du président intérimaire de Transition et en dissolvant le gouvernement de transition, et le Conseil national de la Transition (CNT), à moins d'un mois d'une élection présidentielle, pour selon eux, mettre à la place une démocratie consensuelle qui se fonde sur les valeurs du peuple basées sur l’esprit de justice, d’équité et de tolérance, afin de mettre fin aux frustrations qui ont scindé le peuple en deux catégories de citoyens.

Or ce peuple dont le comité militaire se réclame n’a pas été consulté, se sent floué et de plus, le pouvoir devait être légalement rendu au peuple à l'issue des élections présidentielle et législatives libres et transparentes prévues pour le 11 octobre 2015 prochain, c’est-à-dire dans moins d’un mois. Il y a là tentative de manipulation du peuple visant à cacher les vrais mobiles de l’action engagée, pour tromper sa vigilance et l’amener à ingurgiter leur potion « magique ». Le mode opératoire s’apparente étrangement à celui du Mali où Amani Toumani TOURE (ATT) qui n’était plus candidat à sa propre succession fut déposé. Ces militaires ont-ils agi seuls, ou existe-t-il dans l’ombre des agents véreux qui tirent les ficelles, au regard de la nature de leurs revendications politiques ? Il est certes vrai qu'il faut éviter dans tout processus politique, des exclusions arbitraires, dans le cas d'espèce peut-on affirmer avec certitude l'existence certaine d'injustices?

Cependant tout n’est pas aussi rose pour les putschistes qui veulent parler au nom du peuple, des manifestants en colère ont détruit dans la soirée de mercredi 16 septembre, le siège du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP), le parti de Blaise Compaoré situé à Ouagadougou, la capitale, Léonce Koné, vice-président du directoire du Congrès pour la Démocratie et le Progrès (CDP) ayant refusé de condamner sur les ondes de France 24 la prise d’otages. L’ancien président Compaoré peut-il être de mèche étant donné les actions judiciaires menées contre son régime ou a-t-il lui-même été surpris ?

Le président intérimaire de la transition Michel Kafando, le premier ministre Isaac Zida et deux ministres ont été enlevés par des éléments de la garde prétorienne de l’ancien président Blaise Compaoré qui observe le tout d’un air malicieux juste dans le pays voisin, sous le regard amusé d’Alassane Dramane OUATTARA son protecteur patenté. Le nouveau pouvoir de la transition n’avait pas voulu brusquer les choses et offusquer les militaires en démantelant sans autre forme de procès dès le départ ce régiment pour ne pas créer des fissures au sein de l’armée nationale, croyant ainsi de cette manière assurer l’unité de toutes les forces vives de la nation. C’était sans compter avec l’esprit revanchard des dignitaires de l’ancien régime et des éléments de l’armée qui leurs sont dévoués, dont les intérêts sont fortement imbriqués les uns aux autres.

Ce n’est pas la première fois que ce régiment se fasse entendre, par exemple le 4 février dernier où il voulait éconduire le premier ministre Zida, en se mêlant trop souvent des décisions politiques sous le couvert de raisons souvent fallacieuses, parfois avec des revendications depuis l’époque de Compaoré lui-même, pourtant leur grand manitou. Vont-ils cette fois-ci s’affranchir de lui maintenant qu’ils tiennent les rênes du pouvoir ? Actuellement c’est un coup d’État qui est en cours, va-t-il réussir en l’état, ou va-t-on tenter de maquiller les objectifs assignés à ce coup de force, à cause du tollé général que cette action malencontreuse et néfaste soulève ? En effet, une loi électorale très controversée rendait inéligibles tous ceux qui souhaitaient le changement inconstitutionnel de la Constitution que voulait absolument modifier l’ex-président Blaise Compaoré.

La haute hiérarchie militaire a semble-t-il essayé de mener une médiation pour sortir de la grave crise politico-militaire qui s’est installée dans ce pays depuis un certain temps. Des officiers du RSP sont en guerre ouverte avec Isaac Zida, alors que le Conseil national de transition qui a mis en place une Commission de réconciliation nationale et des réformes (CRNR), dont le président Cherriff Sy avait jugé mercredi 16 septembre que « la nation était en danger, avait décidé dans un rapport publié lundi 14 septembre 2015, de réformer et de dissoudre cette unité d’élite turbulente de l’armée nationale et de la fondre dans le reste des unités de l’armée, comme l’avait proposé auparavant le premier ministre Zida. Les autorités de transition ont-ils trop attendu pour le faire ou n’ont-ils pas su s’y prendre pour bien le faire ? Les putschistes veulent également la réintégration des membres du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti de Blaise Compaoré, dans leurs droits, afin de leur permettre de prendre part aux élections qui se dérouleront dans le pays. Problème, quelles sont les raisons qui ont poussé à leur exclusion, sachant que certains sont poursuivis par la justice burkinabée.

Pour montrer leur détermination, les éléments du RSP ont effectué des tirs de sommation en l’air visant à intimider et à décourager les manifestants rassemblés aux abords du palais présidentiel, étant descendus dans la rue pour protester contre cette action de prise d’otages, transformée en éviction du pouvoir. Les militaires ont chargé et frappé les manifestants et les journalistes (leur matériel est volé ou confisqué) pendant la nuit pour les disperser, ne leur lassant pas le temps de s’installer et de se réorganiser sous une grande pluie tropicale battante. Des blindés, se sont positionnés devant les locaux de la chaine de télévision nationale et une télévision privée et les émetteurs de plusieurs radios, dont ceux de Radio Omega et RFI, ont été coupés, afin d’empêcher les communications indépendantes avec l’extérieur.

Or, ces éléments militaires qui ont investi le palais présidentiel mercredi en milieu d’après-midi, ont fait irruption en plein conseil des ministres, en ayant au préalable désarmé les soldats en faction. Il semble que ces militaires avaient acquis certaines habitudes et recevaient des avantages de leur ancien patron et de l’ancien système auquel ils sont restés très attaché. Il restait moins d’un mois pour que se tienne les élections présidentielles et législatives, en fait à peu près comme le coup d’Etat effectué au Mali par un capitaine propulsé général par la suite et qui se trouve actuellement emprisonné, où le président en exercice n’était plus candidat à sa propre succession. ATT n’avait même pas été effleuré par l’idée de tripatouiller la constitution pour se représenter, laissant aux autres le soin de la faire évoluer. Comment ces militaires peuvent-ils, comme ils le clament prétendre organiser des « élections inclusives et apaisées », alors qu’ils se mettent à dos la plus grande majorité de la société civile et de la communauté internationale et ne laissent pas la justice nettoyer l’écurie des nombreux maux qu’on lui reproche ? Il y a anguille sous roche, comme si eux même craignaient quelque chose, quoi ?

Il est des situations où l'armée réellement nationale, surtout le régiment de sécurité présidentiel de Compaoré (RSP), anciennement appelé CNEC (Centre national d’entraînement commando) de Pô, dirigé par le Général Gilbert Diendéré (ayant pris le commandement des putschistes et ancien chef d’état-major de Blaise Compaoré), devraient se tenir éloignés de la politique et rester professionnels. Ils démontrent leur incompétence et leur incapacité à rester républicains, à moins que très rapidement le gros de la troupe ne démontrât le contraire, ce qui apparait désormais impossible. Avec le RSP habitué à l’époque à exécuter les plus basses besognes du régime de Blaise Compaoré, tout doit être enterré dans l’ombre. Leur camp militaire jouxte le palais présidentiel de Kosyam dans le quartier de Ouaga 2000, à Ouagadougou et leur donne à tout moment l’opportunité de quitter le champ militaire pour glisser dans la peau du politique. Il est dans ce cas impossible de traiter dans la sérénité, à charge et à décharge, juridiquement, les dossiers sales de la République qui sont par ailleurs restés intacts, comme si les éléments de ce groupement avaient aussi des choses à se reprocher et à faire coûte que coûte taire, même dans une option vérité et réconciliation type Mandela en Afrique du sud.

Ce régiment doit pourtant être intégré harmonieusement dans l’armée nationale, sans toujours rechercher qu’on lui octroie spécifiquement des privilèges, s’il avait l’amour de la nation. Sans cela, même si en le créant Compaoré en avait fait un instrument redoutable exclusivement voué à son service pour défendre ses intérêts, la démocratie serait toujours tirée vers le bas et pourrait disparaître, les nations africaines ne pourront pas avec ce genre d’exemple espérer établir durablement la paix. Déjà en Afrique de l’Ouest des troubles se déroulent souvent en Guinée et des coups d’Etat militaires tant en Guinée Bissau qu’au Mali on rabaissé l’image du continent, sans oublier la Côte d’Ivoire voisine avec la déportation de force de Laurent Gbagbo.

À Brazzaville, en République du Congo comme partout ailleurs en Afrique, on se frotte déjà les mains, tout est donc devenu possible d’être entrepris, même si le président Denis Sassou NGUESSO acceptait de respecter la Constitution qu’il s’est taillée sur mesure, il est possible pour le clan présidentiel de sauver les meubles en conservant les commandes pour rester au sommet de l'Etat, rien que par un jeu de passe-passe, comme actuellement au Burkina Faso, étant donné que l’armée est exclusivement clanique, ethnique ou à majorité régionale. Les successeurs du président choisis par le peuple, ne pourront pas avoir la latitude ou les mains libres de gouverner en paix dans la sérénité pour l'intérêt du peuple et de la nation, comme au temps de Pascal Lissouba, alors que si le président actuel a pu faire quelques réalisations infra-structurelles, c’est parce qu’à partir d’un certain moment la paix relative a pu être instaurée. Les militaires, cette fois-ci, pourraient sans coup férir se lancer dans la bataille politique et reprendre le pouvoir par la force militaire, pour le ramener dans leur giron clanique à tout moment.

Il s’agit là d’un comportement politique systémique propres aux dictatures et aux armées d’Afrique dont il faut le plus rapidement possible se débarrasser, afin que dans les pays africains s’instaurent la confiance et des institutions fortes au service des nations et des peuples. Il n’est plus possible de supporter plus longtemps que des intérêts particuliers prennent le pas et s’installent au-dessus des intérêts collectifs, de ceux de la nation ou de tout un continent. La fonction de l’armée nationale n’est pas de déstabiliser les institutions, mais plutôt d'aider à les stabiliser et d’assurer la défense de la nation et de veiller à son intégrité territoriale sous les ordres des autorités politiques habilitées, sauf si dans certaines circonstances particulières, compte tenu de la discipline reconnue en son sein et de son intégrité morale, pour sauver l’existence de la nation, en raison d’une crise âpre et aigüe, il lui soit expressément demandé de venir au secours des parties pour raccorder les violons.

Jean de Dieu MOSSINGUE

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Le Général Gilbert Diendéré, chef des putschistes.

Le Général Gilbert Diendéré, chef des putschistes.

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