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Pourquoi la notion de dialogue coince en République du Congo ?

Publié par Jean de Dieu MOSSINGUE sur 22 Juillet 2015, 15:07pm

Dans toute société, il existe plusieurs types de conflits dont le dénouement dépend de la manière par laquelle il est abordé pour être résolu. Un conflit surgit lorsque les intérêts des individus ou des parties se heurtent et s’entrechoquent. L’intensité de la force de réaction dépend de l’ampleur des enjeux en présence, selon qu’ils soient vitaux ou d’importance mineure. En présence d’un conflit majeur ou mineur, deux options de dénouement se présentent, l’une conduisant vers une paix relative sans causer de dégâts, l’autre mène vers la violence pouvant conduire à une guerre dévastatrice ; les parties en conflit n’ayant pas pu s’entendre sur plusieurs points pour diverses raisons.

Le dialogue est la faculté de rechercher par la voie pacifique les solutions aux problèmes qui se posent par le contact direct et la discussion franche entre les parties en conflit. Cela suppose que d’entrée de jeu, toutes les parties prenantes soient disposées à mettre tous les sujets sur la table de la palabre sans à priori ni cachotterie. Le but est de parvenir à une entente qui puisse ramener la confiance. Cependant lorsque la notion de dialogue est détournée et utilisée pour assouvir certaines ambitions malsaines et protéger des intérêts individuels voilés, en usant de la ruse et que la partie adverse s’en aperçoit, des frictions naissent et l’animosité s’installe, ainsi que la distance entre les parties qui se toisent désormais.

Le dialogue doit donc se reposer sur des bases solides pour éviter que la méfiance ne surgisse dans les rapports mutuels. Cela suppose que les parties privilégient et mettent en avant les valeurs de l’honnêteté et instaurent la transparence dans les actes posés et la gestion des dossiers. De ce fait, certaines questions ne doivent pas être éludées, afin de ne pas rétracter certaines parties importantes pour la recherche d’un consensus et rendre crédible les débats, gagner du temps dans les discussions et conserver de l’énergie nécessaire à la mobilisation. La fonction du dialogue est de ramener la sérénité dans les relations et la concorde entre les parties, afin de cimenter l’unité nationale et d’instaurer une paix relative. C’est pour cela que toutes les conditions nécessaires et suffisantes doivent être réunies pour lui donner son caractère curatif, avant ou pendant l’engagement des débats, afin d’éviter que l’initiative ne se transforme en un coup d’épée porté dans l’eau.

La réussite du dialogue nécessite l’élimination de l’utilisation des moyens de la coercition, de la brimade ou de la domination, même par la ruse. Au Congo-Brazzaville, les médias rapportent l’existence de classes privilégiées, des profito-situationnistes et des déshérités. Les privilégiés sont des nantis sortis droit du néant qui se sont enrichis et ont fait main basse sur toutes les victuailles, profitant des nombreux troubles provoqués par eux ou des positions sociales acquises dans la fonction publique. Les membres se côtoient, festoient et profitent de tous les privilèges susceptibles de conserver, d’améliorer ou de pérenniser leurs positions dans la société. A la base, au moment des indépendances, ils proviennent tous de la paysannerie et n’ont pas eu d’aventure industrieuse personnelle ayant favorisé l’enrichissement, profitant simplement des malheurs de la plus grande majorité en fomentant dans le passé des troubles avec l’aide intéressée de puissances étrangères dont ils sont les bénéficiaires directs ou indirects.

Ces actions malveillantes ont contribué à dépouiller la plus grande majorité de leurs droits naturels, en instaurant à la place des droits artificiels foncièrement injustes et inéquitables, qui les ont permis de confisquer l’essentiel des subsides communs à leur seul profit. La classe des profito-situationnistes est celle qui a accepté la pérennisation de cette injustice et a décidé tant que faire se peut de surfer sur les vagues de ses eaux troubles et tumultueuses et de recevoir une part largement inférieure à celle de la classe des privilégiés des richesses communes, dans l’espoir de parvenir à intégrer un jour cette dernière. La classe des déshérités rassemble la plus grande majorité de la population qui végète, elle est quasiment exclue du partage et est emprisonnée dans les lieux remplis d’immondices, cloîtrée et enfermée par les gourous de l’émergence dans le rêve d’un futur meilleur, avec un taux de scolarité faible et un niveau d’éducation bas, ainsi que l’absence d’alimentation, d’électricité, d’eau courante, réfugiée dans l’alcoolisme ou autres vices...

Or dans toute société de ce genre, le conflit s’installe lorsque ceux qui sont floués découvrent le pot aux roses, deviennent conscients de leur état d’être artificiel et revendiquent leurs droits naturels usurpés par l’acte de confiscation malicieuse des richesses et ressources nationales. C’est à ce moment-là qu’ils se rendent compte du développement et de la multiplicité et la généralisation des maux qui minent la société, parmi lesquels l’enrichissement illicite, les détournements de fonds, la corruption, la gabegie, le tribalisme, le clanisme, le régionalisme, le divisionnisme, le vol, le viol, le banditisme, la manipulation, la violence organisée, la gestion défaillante, mauvaise ou calamiteuse, les assassinats, la mafia, la fuite des capitaux, l’endettement illicite, les contrats flous, l’immoralité et les anti-valeurs, les pratiques satanistes ou la dictature voilée ou encore la démocratie à l’africaine viciée...

Dans ce cas peut-on parler de dialogue sans aborder la profondeur de l’ensemble de ces maux ? Si ces questions d’importance cruciale sont évitées avec le plus grand soin et ne sont pas mises avec sincérité sur la table de la palabre, alors le procédé s’éloigne de l’éthique africaine du règlement des conflits. Dans ce cas, rien ne pourra être sérieusement discuté et la messe n’aura aucune crédibilité ni légitimité devant le peuple. Il faut donc que les parties s’accordent sur la totalité de la feuille de route à suivre et sur l’ordre des éléments à discuter avant d’engager le débat dont les termes retenus à la fin sont censés être le reflet de l’opinion de tous émanant d’un consensus. En définitive, à y regarder de près, faut-il pour le Congo un dialogue simple, des états généraux, un référendum, une élection présidentielle et/ou une transition ?

Jean de Dieu MOSSINGUE

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